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André Villers’ Memories of Picasso

André Villers a eu la très grande chance de pouvoir former son regard de photographie en ayant accès à la vie de Picasso qui l’aimait beaucoup, voulait aider sa jeunesse et acceptait sa présence parmi ses intimes. Un autre aurait eu tout loisir de s’y perdre ou – ce qui serait revenue au même de se croire tout permis sans effort. André Villers a su apprendre de la façon de vivre de Picasso que rien n’est jamais donné ni gagné, qu’il faut savoir remettre en cause ce qui semble le plus assuré et, s’agissant du regard, qu’il faut apprendre à toujours aller au-delà des apparences afin de capter ce qui rend unique un moment, l’écart d’un geste, l’attitude incontrôlée du modèle quand il ne se croit pas vu. Ne pas chercher la ressemblance, mais créer la présence. La distance demeure. Nous ne sommes jamais des indiscrets en regardant les photos que Villers a prises de Picasso. Simplement nous aussi nous oublions que nous regardons des photos qui ont consigné un temps révolu depuis parfois des décennies. Elles nous arrachent à la durée. Du coup, nous sommes là, simplement à portée de voix, comme si Picasso vivait, allait s’apercevoir de notre présence et nous faire signe d’entrer. Les photos de Villers conservent comme si de rien n’était la chaleur de cette vie à nulle autre pareille.

Par Pierre Daix, biographe de Picasso, pris de André Villers et Picasso

André Villers (1930-)

André Villers est né à Beaucourt, territoire de Belfort. Hospitalisé à l’âge de 17 ans pour décalcification, il passera huit années au sanatorium de Vallauris dont cinq complètement alité. Retrouvant l’usage de ses jambes en 1951, il suit ses premiers cours de photo. En 1953, il rencontre Picasso qui lui offre son premier Rolleiflex. Dès lors commence une vraie carrière de photographe. À partir de 1957, il expose dans le monde entier. En 1958, il travaille en étroite collaboration avec Picasso. De cette collaboration naîtra quelques années plus tard, le recueil Diurnes dont les textes sont de Prévert et édité par Bergruen. Il rencontrera les plus grands artistes, Magnelli, Hartung, dont il fera le portait, mais il se consacrera aussi à des recherches personnelles qui nous permettent de découvrir une autre façon de faire de la photographie. En 1966, les ombres des sculptures de Giacometti serviront à Aragon pour illustrer son Lautreamont. En 1976, il va travailler à partir de pliages de feuilles de papier de cigarettes, baptisés par Michel Butor : Pliages d’ombres. Ils créeront aussi ensemble une série originale Bouteille de survie, photo et textes manuscrits. Toutes ces expériences créatives nous montrent bien les possibilités artistiques que la photographie peut offrir à ce grand photographe passionné d’art de poésie et de liberté.
[photo] André Villers